Buena Memoria

Buena memoria y Nando, mi hermanoBuena memoria y Nando, mi hermano
De Marcelo Brodsky
Fernando Rubén Brodsky, mon frère, fut enlevé le 14 août 1979, pendant la dictature argentine. Il est disparu depuis cette date.
– Photo 9 :
Les trois dans le bateau : En premier lieu, Fernando. En équilibre, au fond, ma soeur Andrea. Mes vieux tiennent la barre, prennent des photos et vont en passagers tandis que nous ramons. Nous sommes sur le Gambado, un week-end sur le Tigre. Faire des sorties en bateau était l’activité familiale par excellence. Encore qu’elles fussent occasionnelles, le Fleuve est resté en nous. Nous nous sommes habitués à ses eaux sombres et à ne pas plonger tête la première parce qu’il pouvait y avoir un tronc flottant sous l’eau.
– Photo 1 : Fernando à la Boca. Avec cette photo de mon frère, ma mère a commencé et terminé sa carrière photographique. Peintre et sculptrice, Sara avait décidé d’étudier la photographie et s’était inscrite aux cours du Fotoclub Buenos Aires. Avec cette image, elle remporta le premier prix d’un concours ayant pour thème « La Boca ». Nando est assis dans un théâtre de plein air vide. Il regarde notre mère avec sérieux et concentration, avec un geste caractéristique. Il a au même temps l’air sûr de lui et sans défense. J’avais une chemise identique à celle qu’il porte sur la photo. On nous les avait achetées ensemble, bleue pour lui, rouge pour moi. Au moment d’encadrer la photo, ma mère y a ajouté une médaille. Pas celle du prix du Fotoclub, mais une que Nando avait gagné dans une épreuve de natation. C’est une image avec un double prix, et elle mérite d’ouvrir ce chapitre dédié à mon frère, qui aurait pu en avoir beaucoup plus.
– Photo 6 : Nando au parc. Notre maison était en face du parc Rivadavia, la place de nos jeux. Fernando, déjà adolescent et les mains dans les poches, passe devant un graffiti du Poder Joven qui dit « Paz es fuerza » …
– Photo 15 : Fernando dans une fête. Fernando a les yeux fermés, près de la table de la salle à manger de notre maison de Caballito. La fête de famille se déroule autour de lui. Il est élégant, porte cravate et un sac style prince de Galles. Il y a des fleurs au centre de la table et des coupes de vin à moitié vides. Les dos des invités me rappellent un peu la manière dont les gens ont tourné le dos à ce qui avait lieu autour d’eux durant les années les plus dures de la dictature militaire.On dirait aussi qu’il y a une fracture générationnelle : les aînés ignorent les plus jeunes, représentés par Fernando, qui regarde d’un autre côté …
en espagnol, en anglais